Une cellule psychologique. Si peu de témoins ont assisté à la scène, beaucoup dans l'équipe enseignante comme parmi les élèves sont choqués, bouleversés par ce geste désespéré. Se sentent concernés mais démunis et impuissants.
Une cellule psychologique va donc être activée dès mardi à la demande du proviseur Pierre Bihel. « Cet événement est traumatisant pour tous, il faut que les lycéens puissent parler, être accompagnés. »
Cette tentative de suicide a immédiatement fait réagir une ancienne élève du lycée qui, par voie de presse, entend « dénoncer les méthodes du lycée Gustave-Eiffel qui rabaisse les élèves pour les faire progresser. Les discours dévalorisants, appuyés par des notations sévères enfoncent des adolescents ayant déjà des problèmes ». Elle affirme avoir été témoin, en conseil de classe, de la sévérité du chef d'établissement.
Fléau. La jeune fille fait les comptes. L'an passé un lycéen de Gustave-Eiffel a voulu mettre fin à ses jours en se jetant sous un train. L'année d'avant, un lycéen de seconde européenne s'est tué en se jetant du pont d'Aquitaine. Un copain à elle. « Le fléau Gustave-Eiffel », accuse-t-elle. Désormais épanouie dans un autre lycée de la banlieue bordelaise, elle déplore que la mention au bac s'obtienne à ce prix. « Usine à élites ou à névrosés », titre-t-elle son courriel.
Le proviseur Pierre Bihel « assume une politique d'exigence et une notation sévère qui peuvent certes conduire à du stress. Mais nous nous efforçons de faire réussir nos élèves », précise-t-il. Il juge « inqualifiables » les attaques dont il fait l'objet. « Faire ce rapprochement, ce raccourci c'est injuste ».
« Cela fait quinze ans que je suis proviseur à Gustave-Eiffel et c'est la première fois qu'une tentative de suicide se déroule dans l'enceinte de mon établissement. Dans ces trois cas, il n'y a pas un problème de scolarité, mais de mal-être propre à l'adolescence et extérieur à leur condition d'élèves à Gustave-Eiffel », souligne-t-il, refusant de faire de la statistique sur des vies adolescentes. « Nous n'avons hélas pas toujours les outils ou solutions pour éviter ce qui reste un geste insupportable. »
Hier soir, le père du lycéen a tenu lui aussi à « dissocier cette notion de pression avec l'acte » de son fils."
Sud Ouest de 10 mai 2008 par Florance Moreau
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